Et de nos jours ?


Pourquoi cette pratique traditionnelle,qui s’est poursuivie jusque dans les années 1950 environ, a t-elle disparu ?


Parce qu’il y a eu l’engrais, d’un emploi ô combien plus facile !
Et puis M.Montecot, d’Orbec, un des derniers agriculteurs de la région qui irrigue encore de cette façon, retraçant chaque année ses canaux à la charrue, et qui nous a fait le plaisir d’une visite de son pré baignant, nous a expliqué la difficulté de faucher à la machine un pré creusé de rigoles.
D’autres modes d’irrigation ont été pratiqués ailleurs : -L'irrigation par submersion, avec une eau stagnante, qui "colmate", employée lorsqu’elle est la plus chargée en limon, (lorsqu’elle est la plus trouble possible, donc), à la "tombe des feuilles". On laisse l’eau jusqu’à son éclaircissement, avant qu’elle ne se putréfie (une légère écume blanche remonte alors à la surface).
-L'irrigation par infiltration, avec une eau qui ne dépasse pas le bord des rigoles, et que celles-ci absorbent par leurs parois, (valable lorsque l’eau est abondante et le climat chaud, à condition que la terre soit très perméable ).
Ainsi, chaque pays qui baignait, trouvait-il la technique la plus appropriée à ses besoins, à son relief et à son climat.

L'intérêt de la rivière n’est plus sa faculté d’irrigation ni sa force motrice (celle qui faisait tourner les moulins), mais seulement son poisson. D’aucuns prétendent que les vannes empêcheraient les poissons de circuler, ou la truite de remonter (y aurait-il donc eu moins de poissons jadis, à l’époque où tant de vannes fonctionnaient dans le pays ? J’en doute. D’ailleurs, on prenait bien garde de toujours laisser le dernier cran libre sur la crémaillère de la vanne, de façon à laisser un passage pour le poisson. ).


Vannes motrices au pont Bouville, dans le village de La Chapelle-Yvon


Ces vannes ne semblent plus présenter le moindre intérêt... Et cependant, elles constituent une sorte de patrimoine, une marque distinctive et particulière de notre paysage.
A moins qu’elles n’entraînent un désagrément d’inondation pour les riverains, ce qui peut arriver, il ne faudrait pas les ôter sans discernement.
A retirer sans parcimonie ces morceaux d’ossature, qui marquaient le pacte entre l’eau et la terre que le paysan savait passer, c’est un peu de l’âme de cette vallée qui se perdrait.

 

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